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ÀPROPOS

Ce qui suit est mon interprétation personnelle des Douze Étapes et n'engage que mon opinion. 

PREMIÈRE ÉTAPE

Nous avons admis que nous étions impuissants devant notre dépendance—que nous avions perdu la maîtrise de notre vie. 

 

La Première Étape est souvent la plus difficile. Pourquoi? Parce qu’elle touche directement à l’ego. Qui veut s’avouer totalement vaincu? La grande obsession de tout toxicomane est de croire qu’il peut contrôler son addiction. Admettre son impuissance devant une force plus grande que la nôtre est inacceptable pour la plupart des gens et encore plus pour un toxicomane. Pourtant, c’est l’aveu de notre impuissance qui nous libère de cette impasse. 

Admettre est une action qui relève du domaine de l'expérience. Je ne peux admettre quelque chose que j'ignore ou que je nie. Quelle est cette impuissance que je suis invité à admettre? Elle est faite de deux aspects: 

  1. Je ne peux consommer. Pourquoi? Parce que lorsque je consomme, je perds:

    • la capacité de prédire la durée d'un épisode de consommation;

    • la quantité de ce que je consommerai; 

    • et surtout comment je me comporterai en conséquence de cette consommation. 

  2. Je ne peux m'en empêcher. Pourquoi? Parce je suis victime d'une obsession si puissante qu'aucune ne volonté ne peut en venir à bout. 

Les toxicomanes sont souvent des personnes ayant une très forte volonté. Cette volonté déchainée se développe au fil d’années de combat avec une addiction. S’avouer impuissant revient à reconnaitre la défaite de la volonté personnelle devant l’addiction. La volonté n’est simplement pas le bon « outil » pour gérer une addiction. De la même manière que le diabète, par exemple, ne peut être géré par la force de la volonté, ainsi l’addiction demande un changement de style de vie afin d’être gérée adéquatement. 

Ce changement de style de vie demande d’admettre son impuissance et ceci passe souvent par une cuisante défaite: un bas-fond. L’illusion de pouvoir contrôler son addiction peut persister jusqu’aux portes de la folie ou de la mort. C’est au prix de l’accumulation de défaites cuisantes que le toxicomane en vient à admettre la perte de maitrise de sa vie et de son impuissance. 

Heureusement, les onze autres Étapes permettront de retrouver cette maitrise, mais sur des bases entièrement nouvelles. 

DEUXIÈME ÉTAPE

Nous en sommes venus à croire qu’une Puissance supérieure à nous-mêmes pouvait nous rendre la raison. 

 

Si vous avez admis votre impuissance devant votre addiction vous avez admis d’emblée que vous avez perdu la maitrise de votre vie. Ceci veut dire que vous faites ce que vous ne voulez pas et que vous n’arrivez pas à faire ce que vous voulez. Répéter les mêmes comportements en espérant un résultat différent est une bonne définition d’avoir perdu la raison. 

Avez-vous perdu la raison? Jusqu’à aujourd’hui, votre force personnelle s’est-elle avérée suffisante pour retrouver une vie saine et équilibrée? Votre volonté personnelle est-elle assez forte pour vous libérer de votre addiction? Existe-t-il une force plus grande que votre force personnelle? 

Pour un toxicomane, il faut que l’échec soit cuisant et sans équivoque, sans quoi il n’acceptera jamais de changer. Il tient à son style de vie, à ses croyances et à sa vision du monde même si ça l’amène vers la destruction. Avoir raison à n'importe quel prix, est le moyen de survie de l'égo.  C’est l’impasse dans laquelle l'addiction le plonge qui amènera le toxicomane à remettre ses croyances en question. 

Toute notre existence est basée sur des croyances qu’elles soient personnelles ou scientifiques. Nous développons nos croyances personnelles tôt dans l’enfance. Notre ego est le résultat de nos croyances: « ce que nous croyons que nous devons être » - tel qu’appris dans la famille, l’école et la société. Nos croyances sont la base de notre existence. 

La Deuxième Étape nous apprend que ceux qui se sont rétablis avant nous ont changé seulement une de leurs croyances. Ils ont reconnu leur besoin d’aide et en sont venus à croire que cette aide pouvait venir d’une Force plus grande que la leur. Souvent, cette force plus grande que la leur se manifeste par le biais d'une autre personne... souvent un toxicomane en rétablissement. C’est le premier pas vers le retour à la maitrise de sa vie, mais sur des bases entièrement nouvelles. 

TROISIÈME ÉTAPE

Nous avons décidé de confier notre volonté et notre vie aux soins de Dieu, tel que nous le concevions. 

 

On nous dit d’abord que la toxicomanie est une maladie chronique, progressive et fatale et là on nous annonce que la solution est de croire en Dieu. Quelle aberration! 

C’est souvent la réaction que les gens ont lorsqu’ils arrivent à la 3è étape. Pourquoi? Parce qu’ils confondent "religion" et "spiritualité". 

Pourtant, la littérature est claire: « … l’efficacité de tout le Programme des AA dépendra du sérieux de nos efforts pour tenter d’en arriver à la décision de confier notre volonté et notre vie aux soins de Dieu tel que nous le concevions. » 

(Douze étapes et douze traditions page 45

Comment une étape aussi difficile à comprendre peut-elle représenter un tel enjeu? C’est très simple. « La peur était comme un fil mauvais et pourri, la trame sur laquelle nos existences étaient tissées ». (Alcooliques Anonymes page 76) La décision de la 3è étape consiste à passer de la peur à la confiance en quelque chose de plus grand que nous. Que ce soit Dieu, la Vie, le mouvement des fraternités dans son ensemble, cette confiance entraînera un changement en profondeur dans nos vies. 

C’est une décision qui doit être prise à tous les jours car la tentation de retourner dans la peur nous guette à chaque jour. C’est pourquoi l’étape dit: "le sérieux de nos efforts pour tenter d’y arriver". Et en quoi consistent ces efforts? Ce sera la mise en application des neuf étapes suivantes. 

Les neuf Étapes suivantes sont prévues pour nous permettre de maintenir cette décision essentielle à notre rétablissement: vivre dans la confiance plutôt que dans la peur. Ce sera un troisième pas vers le retour à la maitrise de sa vie, mais sur de nouvelles bases. 

QUATRIÈME ÉTAPE

Nous avons procédé sans crainte à un inventaire moral approfondi de nous-mêmes. 

 

Nous avons vu à la Troisième Étape que toute l’efficacité du Programme repose sur le sérieux de nos efforts pour tenter d’en arriver à la décision de confier notre volonté et notre vie aux soins de Dieu tel que nous le concevions. Ceci veut dire, décider de vivre dans la confiance plutôt que dans la peur. Nous avons vu aussi que les efforts en question sont les neuf étapes suivantes. 

La Quatrième Étape représente le premier de ces efforts. En quoi consiste-t-il? Aller à la découverte de nous-mêmes. Prendre conscience de nos traits de caractère et de personnalité. 

Plusieurs confondent la notion "d'inventaire" avec la notion "d'histoire personnelle" pensant qu'une quatrième étape est une révision de tous les événements de notre vie. Bien que nous ayons à réviser ces événements, le but n'est pas d'en faire la chronique, mais plutôt d'identifier les traits de caractère qui s'y sont manifestés. 

 

Nous avons des traits de caractère tels que: la peur, le ressentiment, l’égoïsme, l’égocentrisme, l’orgueil et j’en passe et des meilleurs. Ces traits de caractère vont à l’encontre de notre décision de faire confiance. Ils sont à la source de nos émotions toxiques et de nombreuses mauvaises décisions. Ils constituent aussi notre catalogue de « s’ta cause », qui représente notre tendance à prendre l’inventaire des personnes, des événements et des circonstances plutôt que de prendre le nôtre. 

 

La Quatrième Étape nous fait avancer dans la maturité spirituelle en nous permettant de devenir responsable de comment nous sommes. 

 

C’est la mise en place de l’une des conditions fondamentales au rétablissement: la rigoureuse honnêteté. C’est la fin des excuses et des faux-fuyants. On se regarde et on reconnaît comment on est en faisant la vérité sur nous-mêmes sans complaisance. 

Nous verrons à la Cinquième Étape que ce pas de plus dans le retour à la maitrise de sa vie passe par l’acceptation de soi tel que l’on est. 

CINQUIÈME ÉTAPE

Nous avons avoué à Dieu, à nous-mêmes et à un autre être humain la nature exacte de nos torts. 

Voici l’Étape de l’acceptation. Après avoir fait un inventaire moral approfondi de nous-mêmes, nous avons une meilleure compréhension de comment nous sommes. Nos défauts, notamment sont plus apparents. La tentation de sombrer dans la culpabilité et la honte est bien réelle et contraire à l’esprit des Étapes. 

Les Étapes sont là pour nous aider à retrouver la maitrise de notre vie, mais sur de nouvelles bases: La confiance en quelque chose de plus grand que nous et la rigoureuse honnêteté. 

La Cinquième Étape nous offre l’opportunité de s’avouer à nous-mêmes, à Dieu et à un autre être humain la nature exacte de nos torts. Quels sont ces torts? Chacun de nos défauts de caractère sont un tort parce qu’ils nous font souffrir. Ils vont à l’encontre de notre décision de faire confiance et sont contraires à l’amour. Impossible d’être dans la confiance lorsque nous sommes envahis par la peur, le ressentiment, l’orgueil, l'égoïsme, l’égocentrisme. Nous avons tous des traits de caractère toxiques. Mais chez le toxicomane, ces traits sont souvent exagérés. La sérénité disparait, l’ivresse mentale s’installe et c’est le début de la rechute et du retour à la consommation. 

S’avouer ses torts à soi-même, à Dieu et à un autre humain est une démarche d’acceptation de soi où on devient honnête face à soi-même en assumant ce que l'on est. Je prends conscience de mon imperfection et je m’accepte tel que je suis. Cette acceptation ouvre la porte à l’évolution et au changement car je cesse de me battre contre moi-même. 

Nous verrons dans Sixième Étape comment ce changement et cette évolution se feront de façon naturelle et spirituelle. C’est le pas suivant vers le retour à la maitrise de sa vie, mais sur des bases entièrement nouvelles. 

SIXIÈME ÉTAPE

Nous étions tout à fait prêts à ce que Dieu élimine tous ces défauts.

 

Voici une Étape qui défie la raison en nous présentant deux concepts inconcevables: Être tout à fait prêt à : 1- voir tous nos défauts éliminés 2– que ce soit Dieu qui le fasse et non nous. 

Cette étape est tellement surprenante, que bien des gens en déforment le sens et continuent à croire que c’est eux qui devraient éliminer leurs défauts… un peu comme un dentiste qui s’arrache lui-même sa dent cariée… Alors, qu’en est-il vraiment de cette étape? Comment Dieu peut-il éliminer mes défauts de caractère? 

Commençons par le commencement. Cette étape suggère que ceux qui se sont rétablis avant nous, ont d’abord accepté de changer. C’est ce que « tout à fait prêt » veut dire. Cependant, nous laissons Dieu décider de ce qui doit être éliminé et de la manière où ce sera éliminé. 

Cette étape est un autre pas vers la maturité spirituelle et le retour à la maitrise de sa vie sur de nouvelles bases. Avant de s’engager sur le chemin du rétablissement, un toxicomane se promène longtemps avec son catalogue de « s’t’a cause ». Accusant personnes, situations et circonstances de ses infortunes. Cette attitude de victimisation qui mène à l’apitoiement et au ressentiment contribue à maintenir le toxicomane dans sa manie du toxique et le ramène souvent vers l'ivresse mentale et la rechute. 

La Sixième Étape suggère de laisser ces « s’t’a cause » devenir des opportunités pour changer et Dieu sait que la vie nous en fournit une grande quantité. En devenant tout à fait prêt à changer, j’accepte de me laisser transformer naturellement au fil des évènements et des circonstances. Le véhicule qui roule trop lentement devant moi à mon goût, devient une opportunité de développer ma patience. Mon ex qui me traite injustement me donner l'opportunité de développer mon humilité, l'étrange tournant que prend notre société me permet de développer ma confiance et d'échapper à la peur. Dans tous ces cas, ma sérénité augmente, mon jugement s'éclaircit et je suis à même de prendre de meilleures décisions pour moi-même et les autres. 

 

Je commence à m’accepter, à accepter les autres et la vie tels qu’ils sont. Et c’est ainsi que Dieu élimine peu à peu ce que LUI considère comme un défaut qu'IL me donne l'opportunité de faire disparaitre. Ma part étant d’être tout à fait prêt (consentir) à ce que ça se fasse. 

SEPTIÈME ÉTAPE

Nous lui avons humblement demandé de faire disparaitre nos défauts. 

Encore les défauts. Décidément, c’est un thème qui revient souvent avec les Étapes. On dit qu’un toxicomane qui est devenu abstinent n’aura résolu que 15% de son problème. Le 85% restant est constitué par ses défauts de caractère et sa manière de conjuguer avec la vie. Dans les fraternités anonymes, on entend souvent que la toxicomanie est la maladie des émotions. Ce que les étapes nous révèlent c'est qu'en réalité, nos émotions sont très bien comme elles sont. Elles nous informent sur notre relation avec notre environnement et avec nous-mêmes. Cependant, les défauts de caractère qui sous-tendent ces émotions, sont la source d'émotions douloureuses. Notre orgueil en tout premier lieu, suivi de près par l'égocentrisme, l'égoïsme, le ressentiment et la peur en sont d'excellents exemples. Les Quatrième et Cinquième Étapes nous ont permis de les identifier. La Sixième Étape nous suggère de devenir entièrement prêt à ce que Dieu les élimine. Il est maintenant temps d'ajouter un ingrédient indispensable pour que ce changement s'opère. Souvenons-nous que la première vertu des Étapes est de dégonfler notre égo. C'est douloureux. Nous avons besoin d'un baume qui facilitera ce processus. Dans la Septième Étape, nous allons ajouter un ingrédient fondamental pour que cette transformation puisse se faire: l’humilité. 

Qu’est-ce que l’humilité? Le mot humilité est généralement considéré comme le trait de caractère d'un individu qui se voit de façon réaliste. L'humilité s'oppose à toutes les visions déformées qui peuvent être perçues de soi-même, visions qui peuvent relever de la pathologie à partir d'une certaine intensité. L’humilité est la soeur de la rigoureuse honnêteté. 

Être humble, c’est être conscient de ses forces et de ses limites. C’est être conscient de sa place dans le monde. C’est le contraire de l’orgueil et de l’égocentrisme qui nous poussent à croire que nous sommes le centre de l’univers. L’humilité, c’est ce qui nous permet de reconnaître que l’autre a autant d’importance que soi. 

La toxicomanie nous fait vivre humiliation par-dessus humiliation. Au contact des Étapes, l’égo se dégonfle. L’humilité devient l’ingrédient qui favorisera le changement nécessaire à atteindre la sérénité promise par la mise en pratique des Étapes. 

HUITIÈME ÉTAPE

Nous avons dressé une liste de toutes les personnes que nous avions lésées et nous avons consenti à réparer nos torts envers chacune d’elles. 

 

Quand avez-vous décidé de devenir toxicomane? Vous souvenez-vous de la date? Non, bien sûr, parce que personne ne décide de devenir toxicomane. Un jour, on découvre qu’on l’est… et c’est difficile à accepter. 

Notre toxicomanie nous amène à des comportements qui vont à l’encontre de nos valeurs, d’où notre souffrance. Plusieurs d’entre nous sont enclins à regarder les torts que les autres leur ont causé. D’où l’enjeu de cette étape: reconnaître notre responsabilité. 

Bien que nous n’ayons jamais choisi de devenir toxicomane, nous avons quand même eu des comportements qui ont fait du tort à d’autres. Notre tissu social est endommagé, sinon carrément brisé. Si on veut se rétablir, il faut réparer les torts que nous avons causés plus ou moins volontairement et plus ou moins consciemment. On dit qu'un toxicomane actif dérangera en moyenne une quarantaine de personnes de son entourage durant sa période active. Les dommages sont donc bien réels.

La Huitième Étape est une Étape de préparation physique et mentale. Nous devons d’abord assumer la responsabilité de ce qui nous appartient et ce, sans culpabilité, sans quoi nous n’y arrivons pas. Ensuite, nous dressons la liste de toutes les personnes que nous considérons avoir lésé d’une manière ou d’une autre et souvent sans intention de le faire. Enfin, nous consentons à réparer nos torts envers chacune d’elles. Jusque-là, ça se fait dans l'intimité de notre propre personne. C'est une préparation à la réparation.

Cette Étape constitue un autre pas important dans notre croissance humaine et spirituelle. En reconnaissant nos torts et en acceptant de les réparer, nous évoluons dans le retour la maitrise de notre vie, mais sur des bases nouvelles où la manie du toxique cède peu à peu le terrain au rétablissement. 

La Neuvième et prochaine Étape nous indiquera comment procéder pour réparer nos torts. 

NEUVIÈME ÉTAPE

Nous avons réparé nos torts directement envers ces personnes dans la mesure du possible, sauf lorsqu’en ce faisant, nous risquions de leur nuire ou de nuire à d’autres. 

Nous avons vu dans la Huitième Étape l’importance de se responsabiliser face aux torts que nous avons causé sans nécessairement en avoir l’intention. Se responsabiliser est le contraire de se culpabiliser. La culpabilisation paralyse tandis que la responsabilisation nous fait passer à l’action. 

Le but de la Neuvième Étape n’est donc pas de se déculpabiliser, mais bien de se responsabiliser en restaurant notre tissu social endommagé par notre toxicomanie. 

Pour ce faire, les conditions suggérées sont claires: on le fait directement—partout où c’est possible—en évitant de faire davantage de dommages. 

Cette démarche de réparation s’appelle « faire des amendes honorables ». C’est-à-dire, faire la réparation qui réparera réellement le tort causé. Si cette démarche se retrouve à la Neuvième Étape, c’est parce que nous devons être réellement engagés dans le rétablissement avant d’entamer cette démarche.

Nous connaissons tous les « promesses d’alcoolique » qui sont sans lendemain. Notre entourage est habitué à nos excuses, nos faux-fuyants, nos manipulations et nos promesses rompues. 

Ainsi, l’amende honorable la plus importante et la plus puissante est justement cet engagement authentique sur la voie du rétablissement. À l’aide de notre Puissance Supérieure et du mouvement, nous mettons de l’honnêteté et de l’humilité dans nos vies et nous nous attaquons à la réparation de nos torts. Ceci nous permet de restaurer notre tissu social—partout où c’est possible—et de retrouver la maitrise de notre vie, mais sur des bases entièrement nouvelles, à l’écart du toxique et enraciné dans la sérénité. 

DIXIÈME ÉTAPE

Nous avons poursuivi notre inventaire personnel et promptement admis nos torts dès que nous nous en sommes aperçus. 

 

La Dixième Étape fait suite à la Quatrième Étape et nous prévient de certaines choses. Bien que, depuis la Sixième Étape, nous soyons devenus entièrement prêts à ce que Dieu élimine tous nos défauts, ceux-ci ne disparaitront qu’avec le temps. Pourquoi? Parce que nous tenons à plusieurs de ces défauts. Nous aimons avoir raison, nous sentir supérieur. Nous continuons à ne penser qu’à nous-mêmes et à prioriser nos besoins au détriment de ceux des autres. La peur et le ressentiment reviennent, bien enracinés dans l’égocentrisme. C’est là que nous comprenons que le rétablissement est une question de "progression" et non de "perfection". 

Donc, à la Dixième Étape, nous continuons à pratiquer l’inventaire personnel plutôt que celui des autres. Nous restons vigilants face à nos défauts de caractère afin d’éviter d’envenimer les choses, de tomber en ivresse mentale et de rechuter. 

Quels sont les torts que nous sommes invités à admettre promptement dès que nous nous en apercevons? Très simple: nos défauts de caractère ont refait surface, souvent justifié par le retour à notre catalogue de « s’t’a cause ». Mais plus encore, nous avons agi d’une manière contraire à la décision que nous avons prise à la Troisième Étape, et qui consiste à faire confiance. 

Comment faire pour savoir que je suis dans le tort? La page 102 de Douze Étapes et Douze traditions nous éclaire sur le sujet: 

 

"Dans la vie spirituelle, il y a un principe voulant que tout malaise, quelle qu’en soit la cause, soit l’indice qu’en nous-mêmes quelque chose ne va pas". Et qu'est-ce qui ne va pas? De un, nous avons décidé de reprendre le contrôle de notre vie, plutôt que de la confier à Dieu. De deux, un ou plusieurs défauts de caractère se manifestent face à cette personne, cet événement ou cette circonstance. J'ai un signal d'alarme qui m'en prévient: je me sens mal, je suis incommodé. Pour retrouver la paix, je dois d'abord prendre mon propre inventaire et regarder honnêtement quels défauts de caractère se manifestent dans cette circonstance et ce, indépendamment du comportement d'autrui qui peut très bien être aussi dans le tort. Mais ça, c'est son affaire, pas la mienne si je veux retrouver ma sérénité.

La pratique quotidienne de l’inventaire personnel nous aide à retrouver la maitrise de notre vie, mais sur de nouvelles bases. Nous nous rappelons aussi que nous avons décidé de laisser Dieu faire disparaître tout ce qu'IL considère comme un défaut. 

ONZIÈME ÉTAPE

Nous avons cherché par la prière et la méditation à améliorer notre contact conscient avec Dieu, tel que nous Le concevions, Lui demandant seulement de connaître Sa volonté à notre égard et de nous donner la force de l’exécuter. 

Arrivé à la Onzième Étape, la question de « Dieu tel que vous le concevez » est-elle résolue? Dès la Deuxième Étape nous sommes invités à en venir à croire qu’une Puissance Supérieure à la nôtre peut nous rendre la raison. Cette croyance s’est-elle installée dans votre esprit? Nous avons aussi appris que toute l’efficacité du Programme repose sur les efforts que nous faisons pour tenter d’en arriver à confier notre volonté et notre vie aux soins de Dieu, tel que nous le concevions. Prenez-vous cette décision de baser votre vie sur la confiance plutôt que sur la peur? Ou êtes-vous toujours sous l’impression qu’il n’y a rien de plus grand ou de plus fort que vous-mêmes dans votre propre existence? 

La Onzième Étape nous invite à entrer en nous et à améliorer notre contact conscient avec Dieu tel que nous le concevons. La toxicomanie nous éloigne et nous coupe de nous-mêmes. Le rétablissement nous ramène vers nous-mêmes. 

Le paradoxe avec Dieu est que personne ne peut prouver qu’Il n’existe pas et personne ne peut prouver qu’Il existe. Par contre, nous pouvons démontrer que des toxicomanes de partout dans le monde, se rétablissent par millions avec ce simple Programme depuis plus de 80 ans. 

Prendre quelques minutes par jour pour nous assoir, faire silence et nous mettre à l’écoute de ce que notre moi profond, notre âme, Dieu en nous, peut avoir à nous dire sur la journée qui est devant nous, augmente considérablement notre capacité à passer une bonne journée. Si en plus nous y cherchons conseil, nous pourrions être surpris du résultat. 

Cette Étape contient un critère qui peut passer inaperçu: Lui demandant "seulement" de connaître Sa Volonté. Il y a un lâcher prise dans cette attitude. Il y a une ouverture à la Vie. Une acceptation du réel tel qu'il se présente et non tel que je voudrais qu'il soit. Cette attitude d'ouverture implique une écoute intérieure et extérieure afin de découvrir le chemin à prendre aujourd'hui. Cette Étape m'aide à m'enraciner dans le seul instant où j'existe: le moment présent. 

DOUZIÈME ÉTAPE

Ayant connu un réveil spirituel comme résultat de ces Étapes, nous avons alors essayé de transmettre ce message à d’autres dépendants et de mettre en pratique ces principes dans tous les domaines de notre vie. 

Au chapitre « L’opinion du médecin » d’Alcooliques Anonymes à la page XXX nous pouvons lire ceci: 

« Après qu’ils ont une fois de plus succombé au désir de boire, comme il arrive à un si grand nombre, et que le phénomène de l’obsession s’accentue, les alcooliques traversent les étapes bien connues de la cuite, dont ils émergent bourrés de remords et fermement résolus à ne plus jamais boire. Ce scénario se répète encore et encore et, à moins que cette personne puisse vivre l’expérience d’un changement psychique total, il y a peu d’espoir qu’elle se rétablisse ». 

La Douzième Étape nous prévient qu’un « réveil spirituel » survient comme résultat de (toutes) ces étapes. C’est le fameux changement psychique total dont parle le médecin. 

Le psychisme est constitué des processus relevant de l’esprit, de l’intelligence, de l’affectivité et de la volonté. Le tout, essentiellement basé sur nos croyances ainsi que notre conception de nous-mêmes, du monde et de la vie. 

La mise en pratique des Douze étapes entraîne ce réveil spirituel, ce changement psychique total. Nous sommes dès lors invités à mettre en pratique ces (nouveaux) principes dans tous les domaines de notre vie et à partager cette expérience avec d’autres toxicomanes qui souffrent encore. Ce dernier aspect est un composant essentiel du rétablissement. Dans la mesure où nous le vivons authentiquement sur une base quotidienne, transmettre le message à d'autres dépendants est la voie de la sérénité. 

La Douzième Étape est à la fois l’aboutissement et l’ultime récompense de ce voyage sans fin. C’est le retour à la maitrise de sa vie, un jour à la fois, mais sur des bases entièrement nouvelles. Les Douze Étapes deviennent ainsi un nouveau mode de vie, une nouvelle façon de vivre qui me permet d'échapper un jour à la fois à mes manies du toxique.