Pour en finir avec la dépendance affective

Dernière mise à jour : 6 juil. 2021

Étant diplômé plusieurs fois en "relations dysfonctionnelles et ruptures amoureuses" il est quand même un peu ironique que je me permette de m'exprimer sur la dépendance affective. Soyez rassuré, je ne prétend pas avoir la vérité. Par contre, force est de reconnaître que mon expérience, aussi pathétique soit-elle, m'a quand même appris certaines choses. Aujourd'hui, pour ce que ça vaut, j'ai le goût de vous partager quelque chose de cette expérience. J'ai aussi le goût que vous fassiez de même... que pensez-vous de ce qui suit? Vous reconnaissez-vous dans la définition que je vous propose de la dépendance affective? Votre avis m'intéresse énormément.

Êtes-vous "dépendant affectif"?

Une recherche de gratification?

Vous a-t-on déjà suggéré que vous pourriez l'être? Soupçonnez-vous quelqu'un de votre entourage d'être dépendant affectif?

Le problème avec la "dépendance affective" aujourd'hui est que c'est devenu un fourre-tout. Confondu avec l'engagement, l'attachement, l'importance que l'on peut accorder à l'autre ou à sa relation avec l'autre. Confondu aussi avec l'inévitable deuil associé à une rupture, la "dépendance affective" semble être servie à toutes les sauces. Cette confusion vient même se mêler de chambouler les bases d'une saine relation amoureuse, faisant douter de l'importance et des bienfaits de l'engagement.

Alors... de quoi parle-t-on exactement quand on parle de dépendance affective?

Dépendance affective - de ke sé?

La dépendance affective est une des nombreuses formes que peut prendre la dépendance dans son ensemble. On parle ici de "toxicomanie" ou si vous préférez, de la "manie du toxique"

La société américaine de l'addiction (ASAM) nous dit que l'addiction (la dépendance) est une recherche maladive de récompense ou de soulagement. On dit "maladive" parce que cette recherche de récompense ou de soulagement va nous amener à mettre de côté tous nos autres besoins légitimes afin de la satisfaire. Dit plus simplement, cette recherche maladive de récompense ou de soulagement est en fait une recherche de "gratification".

Le dictionnaire Larousse défini la gratification comme suit :


"Somme d'argent donnée à quelqu'un en plus de ce qui lui est dû".


Intéressant n'est-ce pas? Il s'agit de quelque chose qui est donné "en plus" de ce qui est dû. On peut présumer ici, qu'une relation amoureuse saine devra rencontrer certains critères fondamentaux de base. Respect, confiance, engagement, intimité, etc. Dans la dépendance affective, on rechercherait "plus que ce qui est dû". De quoi peut-il s'agir? Est-ce que ce serait associé à quelque chose de valorisant pour la personne, quelque chose qui ajoute à sa valeur? Quelque chose comme un bonus, mais qui serait davantage une exigence qu'une préférence? On aurait possiblement là une certaine base pour comprendre quelque chose de la dépendance affective.

La recherche d'un bonus

La dépendance affective m'amène à rechercher une gratification dans la relation. Quelque chose qui va me valoriser et qui va m'apporter plus que ce qui est dû dans une relation. Cette recherche de gratification se fait au moyen d'un autre être humain à qui je donne le rôle de me gratifier, de me valoriser, de me donner plus que ce qui m'est dû. Je m'attends à ce "plus que ce qui m'est dû" sur un plan ou un autre : émotionnel, affectif, sexuel, financier, etc. Le bonus doit être tangible et se présenter sous forme de plus de support émotionnel que ce qui m'est dû. De plus d'affection que ce qui m'est dû, de plus de sexe que ce qui m'est dû, de plus d'attention que ce qui m'est dû... voyez-vous l'idée? Souvent cette recherche de bonus se fera dans un désir d'être pris en charge par l'autre ou à l'opposé, d'organiser la vie de l'autre d'une façon ou d'une autre. Et ça marche pendant un temps... l'autre accepte de répondre à tous mes besoins, comme si j'étais un bébé, ou accepte de se laisser organiser, comme s'il était lui-même un bébé. De nombreuses relations sont initiées et développées sur l'un ou l'autre de ces deux modèles.


Au début de la relation, le dépendant affectif est très nourrissant. Il me donne tout, parce qu'il s'attend à tout et plus. Il m'associera à toutes ses pensées, émotions et actions. Ceci est très valorisant pour moi jusqu'à ce que ça devienne envahissant. Je deviens alors lassé de devoir répondre à tous ses besoins ou à l'opposé, de constamment me faire organiser.

Si je faiblis dans ma capacité d'offrir son bonus au dépendant affectif, c'est-à-dire, plus que son dû d'affection et d'attention, le dépendant affectif commence alors à se sentir abandonné. "M'aimes-tu"? "Est-ce que tu m'aimes encore"? "Est-ce que je l'aime encore"? sont le genre de réactions que l'on commence à récolter.

Ce qui est fascinant avec la dépendance affective, c'est que la personne n'est pas dépendante de l'autre. Elle n'est même pas dépendante de la relation avec l'autre. Elle est dépendante de sa recherche maladive de gratification, elle est dépendante du "bonus". Aussitôt que cette gratification diminue et que le dépendant se sent abandonné, il remettra la relation en question sous une forme ou une autre. Mais il le fera en accusant l'autre de plus l'aimer, de ne plus lui accorder suffisamment d'attention, de ne plus lui apporter suffisamment de gratification. Ou encore, remettra ses propres sentiments en question... Bref, son exigence face au bonus prendra plus d'importance que le partenaire et/ou la relation elle-même.


"New partner, same game".

Le dépendant fini ainsi par abandonner sa relation, la saboter ou faire en sorte qu'elle se termine sur un conflit non résolu. Le drame est que ce cycle peut se perpétuer encore et encore sans jamais trouver son terme. Le dépendant affectif est ainsi condamné à errer d'une relation à l'autre, laissant dans son sillage, une cohorte de ruptures, d'abandons, de familles monoparentales et/ou recomposées ainsi que de périodes de célibat prolongées. Toujours à la recherche d'un bonus qui n'arrive jamais à sa satisfaction, le dépendant affectif commence à croire que la vie est injuste, ou commence à se dévaloriser en se disant qu'il n'est pas à la hauteur, ou dévalorise les partenaires potentiels en se disant qu'ils sont tous des "ceci" ou des "cela".

Mais il y a une solution...

En toxicomanie, une solution mondialement reconnue aide des dépendants de toutes natures à retrouver leur équilibre. Cette solution est le mode de vie spirituel suggéré il y a plus de 80 ans par les Alcooliques Anonymes. Depuis, plus de 200 fraternités différentes ont vu le jour de par le monde : Narcotiques Anonymes, Gambler Anonymes, Outre mangeurs anonymes, Dépendants affectifs anonymes, Dépendants sexuels anonymes, 200 fraternités différentes qui ont toutes trouvé une réponse à leur dépendance dans le mode de vie des 12 étapes. Au moyen de ces 12 étapes, qui deviennent une façon plus saine de vivre, la personne dépendante apprend à cultiver sa sobriété, qui est fondamentalement une recherche d'équilibre dans tous les domaines de sa vie. Cette sobriété s'apprend avec le temps. Devant certaines dépendances, l'abstinence sera indispensable. Dans d'autres cas, elle sera circonstancielle et ponctuelle. Dans tous les cas, la sobriété s'installera avec le temps. Apprendre à donner et recevoir sobrement, sans exiger davantage que ce qui est dû de ma part ou de celle de l'autre fera partie de cet apprentissage. C'est à ce prix qu'une relation saine et durable pourra se développer.

Exigez-vous de la vie davantage que ce qui vous est dû? Êtes-vous à la recherche d'un bonus qui ne vient jamais suffisamment? Ou bien apprenez-vous à accepter la vie sur ses propres termes en cherchant à vous améliorer un peu plus à chaque jour? La réponse à ces questions vous indiquera de quel côté de la clôture de la dépendance vous vous trouvez maintenant...

Pierre Eugène Rioux, psychosociologue spécialisé en gestion du rétablissement des dépendances


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